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OCCUPATION ANARCHIQUE DES TROTTOIRS : LES RAISONS EVOQUEES PAR DES COMMERÇANTS D’ADJAME



Initialement destiné à faciliter la circulation des véhicules et des personnes, force est de constater que l’échangeur d’Adjamé Liberté est maintenant un lieu commercial. Sur ce mini pont qui relie ce secteur de la grande commune commerciale aux communes telles que Cocody, des individus y trouvent un lieu de commerce. Ecouteurs, chaussures, vêtements et bien d’autres marchandises sont étalés sur la chaussée. Un grand cache-cache, quitte à risquer sa vie sur ce pont lui-même défectueux, rythme les journées de ces commerçants face aux moyens utilisés par la police municipale pour endiguer le problème. Malgré ces risques, chaque jour, jeunes, adultes, parfois adolescents, sont à la recherche du pain quotidien. Nous avons cherché à comprendre les motivations de ces personnes.

Adossé sur les barres de fer du pont, marchandise à la mains, Diarra Ibrahima est un jeune ivoirien d’environ 30 ans. Sur ce soleil brulant du midi, il attend patiemment ses clients.  Il en explique les raisons: « cela fait environ 3 ans que je vends sur ce trottoir. Avant, j’avais mon petit magasin vers le grand marché du Forum mais j’ai été chassé de là-bas. Depuis lors, je me débrouille ici pour pouvoir m’occuper de ma famille ».

Une vendeuse de pain sucré que nous avons nommée Roky, pour question d’anonymat a aussi vécu cette situation. « J’avais mon magasin de pagne à Adjamé Bracody, je gagnais bien ma vie mais depuis que j’ai été chassée, je ne me retrouve plus dans mes comptes. J’ai été obligée de changer de commerce parce que j’avais perdu de vue mes clients et c’était devenu très difficile. Aujourd’hui je me promène pour vendre du pain sucré et quand je suis fatiguée je viens me reposer ici parce que je ne trouve plus de place pour m’installer », confie-t-elle.

Pour cause, cette politique de « déguerpissement » mise en place par le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable de Côte d’Ivoire depuis 2011 – une opération par laquelle il est fait obligation à des occupants d’un espace public de l’évacuer pour des motifs d’utilité publique. Depuis plusieurs décennies, les expulsions sont utilisées en Côte d'Ivoire afin de mieux contrôler le développement urbain et suggérant notamment une réoccupation des lieux concernés dans l’optique de répondre à une image de métropole moderne. Face à la détérioration de la situation au cours de ces dernières années, les expulsions sont devenues plus fréquentes – l’augmentation du taux de chômage et donc celle des attroupements dans les endroits clés de la ville en sont les conséquences directes. Pour l’heure, en attendant qu’une solution idoine soit trouvée, de nombreux jeunes choisissent encore d’occuper les trottoirs de ce pont pour gagner leur vie.

Sarah Kossonou




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